
HIZOOK #9 - Alors regarde un peu - Rav Raphael Halimi
Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr Je voudrais commencer ce cours avec une histoire vraie mais très troublante qui s'est passé en Israël un matin de 2024. Un homme a été heurté par une voiture sur une autoroute à l'entrée de la ville de Nest Siona dans le nord. Il a été projeté violemment sur la chaussée. Une voiture de police est arrivée rapidement sur les lieux. Elle a allumé son girophare mais est repartie tout aussi vite. Et pendant plusieurs minutes, les caméras de surveillance ont filmé la scène. Des dizaines de voitures passaient mais personne ne s'arrêtait, pas une. Jusqu'à qu'une voiture de secours arrive enfin, mais bien trop tard, l'homme était déjà décédé. Quand cette vidéo a été rendue publique, elle a provoqué un véritable choc en Israël. Comment cela est-il possible ? Comment peut-on voir un homme allongé sur la route, immobile et ne rien faire ? Même la police était venue mais elle est repartie. Qu'est-ce que cela dit de notre société ? En fait, cette histoire, elle n'est pas unique. Elle en rappelle une autre qui a marqué l'Amérique des années 60. C'est la triste affaire de Kitty Genovez, une jeune femme assassinée en pleine rue à New York. Elle a crié à l'aide pendant près de trente minutes. Selon les journalistes de l'époque, 38 voisins ont vu ou entendu ce qui se passait, mais aucun n'a appelé la police. Aucun n'est intervenu. Ce drame a donné naissance à une théorie connue en psychologie sociale sous le nom de l'effet du témoin. C'est-à-dire que plus il y a de gens autour d'un problème, plus chacun se dit que ce n'est pas à lui de réagir. Chacun attend que l'autre le fasse. Mais le résultat des courses, personne ne bouge. Mais au fond, cette question dépasse la psychologie. C'est une vraie question morale et existentielle. Est-ce que j'ai le devoir de m'occuper des problèmes des autres ? Est-ce que le malheur de mon prochain est mon problème ? Et jusqu'où va ma responsabilité ? La Torah répond à cette question de manière directe. Dans le livre de Varim chapitre 19, il est écrit "Le ta aldam". "Tu ne resteras pas indifférent devant le sang de ton prochain." On pourrait croire qu'il s'agit d'un simple rappel moral. Et le commentaire célèbre de Rachi va beaucoup plus loin. Il écrit tu ne dois pas voir ton prochain mourir alors que tu peux le sauver. Et c'est là que se pose une question très fine. Pourquoi Rashi insiste-t-il sur le mot voir l'IR est bemitato ? Tu ne dois pas voir ton prochain mourir au lieu de simplement dire tu ne dois pas laisser mourir ton prochain. Pourquoi ce regard précisément ? Dans une de ces lettres, le Rabi Lobavic propose une lecture bouleversante de ce commentaire. Il dit "Souvent, quand on voit une souffrance ou un danger, notre première réaction est de dire pourquoi moi ? Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ? Il y a d'autres gens, d'autres responsables. Je suis pas médecin, je suis pas pompier, je ne suis pas psychologue et encore moins rabin. Et la Torah à travers Rashi répond : "Si tu as vu, tu es responsable. Le simple fait que tu as été témoin du problème prouve que tu es celui qui doit agir. Carchem dirige le monde avec précision. Il ne t'a pas montré cette scène pour rien. Si il a permis que toi et précisément toi sois témoin de cette souffrance d'autrui, c'est parce que tu peux faire quelque chose, tu as quelque chose à faire. Ce n'est pas une coïncidence, c'est une mission. Le Balchemov enseigné tout ce que l'homme voit ou entend est une leçon pour lui dans le service de Dieu. C'est-à-dire que rien n'est accidentel. Tout ce qui entre dans ton champ de vision, tout ce que tu entends, tout ce que tu touches, c'est un message direct, c'est une responsabilité, voir une opportunité. Ce principe apparaît clairement dans un moment clé de la vie de Joseph. Lorsqu'il est en prison en Égypte, deux prisonniers viennent d'arriver. Les chansons et le panutier du roi, le responsable des vins et le responsable des pains. Un matin, Joseph les voit un peu attristé et là, il leur dit penchem raimom. Joseph les a vu tristes et il leur demande "Pourquoi avez-vous mauvaise mine aujourd'hui ?" Cette simple question va tout changer car en écoutant leurs rêves, en les interprétant, Joseph entame le processus qui va justement le faire sortir de prison et l'amener devant Pharaon et ensuite le faire devenir vice-roi d'Égypte. Et là aussi, on peut s'interroger, Joseph aurait pu détourner le regard. Il avait ses propres soucis. Il était emprisonné injustement. Il avait été séparé de sa famille, humilié par ses frères. Mais non, il a regardé et il a vu et donc il a demandé. Et c'est précisément ce geste de sensibilité, ce réflexe de se tourner vers l'autre qui a justement ouvert les portes de sa libération. C'est une leçon immense. Parfois, c'est en se préoccupant du visage d'autrui qu'on découvre notre propre chemin. J'ai lu il y a quelques années un témoignage déchirant d'un psychiatre américain mondialement connu, le docteur Muto. Il a raconté que l'un de ses patients s'était malheureusement suicidé en sautant d'un pont. Quand le docteur est allé dans l'appartement du jeune homme, il a trouvé un petit mot posé sur la table et ce mot disait simplement, "Je pars vers le pont. Si quelqu'un me sourit sur le chemin, je ne sauterai pas." Vous l'avez bien compris, personne ne lui a souri. Un jour, une enseignante qui débutait sa première année en maternelle, il y a eu un inspecteur qui est venu l'observer pour son évaluation. Elle avait 30 enfants en classe, chacun avec ses besoins. Elle parlait avec enthousiasme, elle écrivait au tableau, distribuait du matériel et puis l'inspecteur lui a dit à la fin : "Madame, vraiment bravo, vous êtes formidable. Vous vous occupez de 30 enfants en même temps. Elle l'a regardé et elle lui a répondu : "Pas du tout, monsieur. Moi, je m'occupe d'un seul enfant, mais 30 fois." Je voudrais terminer avec une histoire vraie et bouleversante rapportée par le rave Israël Meyerlot. Un soldat juif est fait prisonnier par les nazis. Lorsqu'il découvre qu'il est juif, ils le battent cruellement. Il perd connaissance et lorsqu'il se réveille, il est couché dans une cellule avec un autre détenu inconnu. Ce détenu lui tend la main, l'aide à boire un peu d'eau, lui caresse la tête et reste à ses côtés en silence. Et il lui dit, "Je ne peux pas changer ton sort. Je ne peux pas arrêter la guerre et encore moins empêcher la cruauté. Mais tant que tu es là, je veux que tu sentes que tu n'es pas seul. Ce petit geste, ce regard, cette main, cette présence a sauvé l'âme de ce jeune homme et ce geste est gravé jusqu'à la fin de ses jours. Secours les amis, c'est un rappel, un appel à arrêter de détourner les yeux, à comprendre que si tu as vu, c'est que tu es appelé par Dieu, que le monde est organisé avec une précision divine et que chaque événement, chaque rencontre, chaque souffrance dont tu es témoin, c'est une invitation de Dieu à agir. On ne peut pas tout faire. Certes, on ne peut pas tout sauver non plus, mais on peut faire ce qui nous a été confié. Et souvent ce qui nous a été confié, c'est ce que nos yeux voient. [Musique]



