
HIZOOK #24 - Trouble alimentaire de l'âme (BEHAALOTKHA 36) - Rav Raphael Halimi
Paracha Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr [Musique] La paracha de Béalotra raconte un moment dévastateur, un changement de cape radical dans l'histoire du peuple juif dans le désert. On parle ici d'un peuple qui a vu les plus grands miracles de l'histoire. La sortie d'Égypte, la traversée de la mer, le Sinaï, la construction du Michkan. Un peuple qui a vécu un an entier au pied du Mont Sinaï, nourri chaque jour par la mane du pain tombé du ciel à la saveur miraculeuse capable de prendre le goût qu'on voulait. Et pourtant, voilà qu'à peine quelques jours après le départ du Mont Sinaï, tout s'effondre. Le peuple se met à se plaindre, à pleurer. Et de quoi se plaignent-ils ? pas d'un danger mais d'un manque de nourriture. Ils disent "On veut de la viande. On se souvient des poissons, des concombres, des oignons et de l'ail qu'on mangeait en Égypte. Et ici, on ne voit que cette manne dégoûtante. Une telle plainte paraît absurde. Ce peuple n'est ni affamé ni en danger. Ils ont tout ce qu'il faut dans le désert." Et c'est là que Moïse lui-même craque. Il dit à Hashem, je n'en peux plus. Ce peuple me dépasse. Tue-moi. Car même si on leur donnait tous les poissons de la mer, ce ne serait pas suffisant pour eux. On reste sans voix. Moscherabenou, le défenseur d'Israël, celui qui a supplié Hashem après le vaudor, qui a prié pour eux après chaque chute. Et là, il se désespère. Il demande même sa propre mort. Pourquoi cette réaction si violente ? Bah finalement, le peuple juif ne demande pas moins qu'un peu de variété alimentaire, un peu d'ail, un peu d'oignon, c'est tout. Mais non, pour Moserabenou, ce n'est pas juste une question de nourriture. En réalité, ce que le peuple exprime ici, ce n'est pas la fin du ventre, c'est la fin du cœur, la fin de l'âme. Ils ne disent pas "Nous avons faim". Ils disent, "Nous voulons retrouver les plaisirs de l'Égypte. Le midrage va encore plus loin. Cette plainte sur la nourriture cache aussi une plainte contre les interdits charnels que la Torah vient d'imposer au peuple juif. Car désormais les unions entre proches-parents deviennent interdites et le peuple pleure sur les relations de famille qu'il n'a plus le droit d'avoir. Autrement dit, le peuple ne supporte plus les limites, le cadre. Ils viennent de recevoir la Torah. Ils sont appelés à devenir un peuple saint, un peuple de prêtre et là, ils veulent tout simplement revenir à une vie de bassesse, de plaisir sans spiritualité. Et c'est là que Moïse comprend que cette plainte n'est pas une demande banale. Ce n'est pas un caprice gustatif ou alimentaire. C'est un refus profond de grandir, un rejet de la mission, un retour en arrière. Un jour, un roi envoie à un serviteur chercher du vin, mais un vin spécial, un vin hongrois réputé pour être le meilleur vin du monde. Le serviteur, un homme simple, qui goûte un tout petit peu de ce vin et là, il est bouleversé à vie par le goût. Il ne l'oubliera jamais. Des années plus tard, il se retrouve dans une auberge avec des riches commerçants de vin qui débouchent une bouteille et disent firement "Ah, ça c'est du vin de Hongrie." Et le serviteur goûte et dit "Oh non, ce n'est pas du vin hongrois ça." Il se moque de lui. Tu crois connaître mieux que nous ? Tu es un homme simple. Et il répond : "Celui qui a vraiment goûté au vin de Hongrie se laissera plus jamais tromper par des contrefaçons. C'est exactement ce que dit Moché au peuple. Les amis, vous avez goûté à la Torah, vous avez vu le Sinaï, vous avez mangé la mane, vous avez bu le vin divin et maintenant vous vous réclamez des oignons et des concombres. C'est pas normal. C'est même triste parce que cela montre que vous avez oublié ce que vous avez goûté ou bien tout simplement que vous êtes incapable de retrouver cette élévation et alors vous essayez de vous consoler dans la nourriture, le plaisir, les images, les sensations. Vous avez faim de quelque chose mais vous ne savez pas vers où vous dirigez. Mais ça ne marchera pas car celui qui a goûté au vrai vin ne peut plus se contenter des imitations. Le Rambam Maimonid apporte une idée fondamentale. À la fin de ces lois sur les relations interdites, il écrit "Il n'y a pas de tentation plus forte que celle des relations interdites. C'est la plus difficile à surmonter. Et la solution la plus efficace, ce n'est ni la culpabilité ni la répression. c'est d'occuper son esprit avec la sagesse, avec la Torah, avec la beauté du divin. Il écrit une phrase magnifique. Il dit "Car les paroles de la Torah sont comme l'amour d'une biche, toujours nouveau, toujours passionné." En d'autres termes, la Torah n'étouffe pas la passion, elle la redirige. Elle offre un plaisir plus profond, plus durable, plus noble. Elle encadre la passion. Un jour, un riche marchand part en voyage avec son coch et sur la route, le cocher se retourne contre son maître. Il le frappe, il le jette hors de la calèche, il prend ses habits et il lui dit "Désormais, c'est moi le maître et toi le serviteur." Le maître, étant plus faible se soumet. Ils arrivent en ville et le riche se dépêche d'aller voir le rave. pour demander justice. Mais le cocher euh s'interpose et dit "Mais rav, c'est un fou, c'est mon serviteur depuis toujours. Regardez comment il est habillé. Regardez comment je suis habillé." Le rave ne sait plus vraiment qui croire. Alors, il décide d'attendre le matin. Les deux hommes passent la nuit ensemble à l'auberge et au réveil, le rave envoie à un serviteur leur demander ce qu'ils veulent pour le petit-déjeuner. Alors, un des deux dit un peu de pain, un peu de har et l'autre dit un café chaud, du savon, une serviette propre. Et c'est là que le rave dit "C'est bon, maintenant je sais qui est le vrai maître." Parce que les désirs profonds d'un homme révèlent qui il est vraiment. Un juif, nous dit cette histoire ne peut pas se contenter de vivre comme un cocher. S'il se perd dans les plaisir superficiel de ce monde, c'est qu'il a oublié qu'il est un prince, un enfant de roi. Le Talmud rapporte l'histoire de Mar Ugva, un homme riche, très influent, qui est tombé amoureux d'une femme mariée. Il en souffre terriblement et il en devient malade. Les médecins lui disent "Si tu ne la vois pas, tu risques la mort." Mais les khamim lui interdisent même de lui parler, car même parler peut réveiller le mal. Un jour, cette même femme vient taper à sa porte pour lui demander une aide financière pour son mari qui a été mise en prison. Elle est désespérée et elle lui dit "Je suis à ta merci, mon mari n'est plus là. Tu peux faire de moi ce que tu veux, mais s'il te plaît, maîtrise-toi. Tu as l'occasion de gagner ton Oamaba, ton monde futur en un instant. Et là, Marugva lui donne la somme dont elle avait besoin et la laisse partir évidemment sans la toucher. Et à partir de ce jour, nous dit le Talmud, un feu mystique brillait au-dessus de sa tête. Les gens l'ont appelé Netan de Tsutsita, l'homme aux étincelles. Parce qu'à l'instant où il a maîtrisé sa passion, il est devenu une lumière. J'aimerais vous raconter une dernière histoire, une histoire contemporaine, bouleversante, mais vraie. Un jeune homme nommé Elézer, élevé dans une famille religieuse de Jérusalem, va perdre pied. L'école, la yeshiva, la vie juive, rien ne lui parle plus. Il décide donc de partir tenter sa chance en Amérique. Mais là-bas, de pire en pire, tout s'effondre. Il échoue dans tous ses projets. Il n'a plus d'argent et il finit à la rue dans une voiture volée accro à la drogue et à l'alcool. Mais pour garder bonne figure, il mente à sa famille. Papa, maman, n'ayez crainte, je réussis ma vie, je deviens riche. Mais il touche le fond et il décide de quitter les États-Unis. Il trouve 500 dollars inextrémiste et prend un dernier billet vers Israël. Avant de partir, il passe par le tombeau du Rabi au Quins, au Oel. Il prend un papier, il écrit toute sa vérité, toute sa misère, ses addictions, ses fautes en larme. Et quand il termine d'écrire, il se sent beaucoup trop sale pour rentrer dans le OL et déchirer sa lettre. Il n'a pas le courage de déposer sa demande dans la tombe du rabi. Il part sans la lire et il rentre en Israël. Le lendemain, sa mère est en train de faire la lessive et dans ses poches, elle trouve la lettre de son fils Eléser et là, elle comprend tout. Elle décide de réunir sa famille et tous le prennent en charge. Il accepte enfin d'entrer en centre de désintoxication et Barou Hashem aujourd'hui Elzer est devenu lui-même un éducateur dans ce même centre et aide des dizaines d'autres à sortir de l'enfer. Mais pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que tous ces gens qu'on a cité jusqu'à maintenant, le peuple dans le désert, le serviteur du roi, le cocher, Marouva et Lézer ont tous en commun une chose, ils avaient faim, mais cette faim n'était pas celle du ventre, c'était la fin de l'âme. Et quand on ne sait pas comment étancher sa faim, sa soif, on cherche n'importe où et on fait des bêtises. Le rôle de la Torah, le rôle d'un rab, le rôle de chacun de nous, c'est de ne jamais se moquer de celui qui se plaint, de celui qui tribue, mais de lui dire doucement, tu n'es pas un révolté, tu n'es pas un rebelle, tu es juste quelqu'un qui a soif, qui a faim et je vais t'aider à trouver la vraie source parce que quand on a goûté au vin divin, on ne pourra jamais se contenter d'un verre d'eau tiède. Ok.



