
HIZOOK#15 - Capitalisme VS socialisme - Rav Raphael Halimi
Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr Imaginez cette scène. Vous êtes à Rome, devant le Vatican, il y a deux mendiants. L'un porte une croix et l'autre une étoile de David. Les passants défilent et tous évitent le Juif et glissent quelques pièces à son voisin chrétien. Un jour, le pape passe par là, observe la scène, s'approche du Jif et lui dit avec sollicitude : "Mon brave, ce n'est pas le bon endroit pour vous. Allez ailleurs. Le juif hoche la tête, se tourne vers son compagnon et lui souffle. Moïse tu as entendi ? Goy veut nous apprendre le marketing. Cette blague, au-delà de son humour juif bien connu, révèle une vérité cru. Tout peut être commercé, sauf l'argent lui-même. C'est là que la Torah introduit un principe fondamental qui défie notre vision moderne du monde. Il est interdit, selon la Torah, de prêter de l'argent avec intérêt. Tout se commerce sauf l'argent. Un ami vous demande un prêt par exemple et vous pensez à une solution gagnant gagnant un petit 5 % de retour normal non ? Et pourtant la Torah nous dit non, il est interdit de le faire même pour un centime. Même si vous perdiez des intérêts en banque et même si c'est un prêt sûr entre guillemets et même si votre emprunteur est d'accord. Pourquoi ? Pourquoi peut-on louer une maison, une voiture, un champ, une robe de marié, mais pas de l'argent ? Parce que dans la Torah, l'argent n'est pas un objet, c'est une responsabilité, une énergie, une force vitale. Et quand quelqu'un vous demande un prêt, ce n'est pas une opportunité commerciale pour vous. C'est une détresse humaine qui fait appel à vous. La Torah utilise un mot puissant pour désigner les prêts à intérêt. Nécher, morsure comme une morsure de serpent. Elle ne fait pas mal au début, au contraire, elle soulage, elle rassure, mais ensuite le poison l'arsenique se répand, les dettes s'accumulent et un jour tout s'écroule. Ce n'est pas qu'un raisonnement financier, c'est un cri éthique. Et la Gmara nous raconte un récit bouleversant à ce propos. Un chef d'entreprise, un menuisier embauche un assistant, mais le chef d'entreprise est en crise financière et il demande un prêt à son assistant. L'assistant accepte à condition que ce soit la femme du menuisier qui vienne chercher l'argent. Elle y va et elle disparaît 3 jours. Tiens tiens. Le menuisier interroge l'assistant qui lui répond : "Ta femme t'a quitté, tu devrais divorcer." Et il le fait. Et l'assistant, vous l'avez compris, épouse la femme. Plus tard, ce pauvre menuisier ne peut plus rembourser le prêt et il devient finalement l'esclave de celui qui lui a tout pris. Lagmara conclut, à ce moment-là précis, le décret de la destruction de Jérusalem fut scellé. Pourquoi ? Parce qu'une société où l'argent devient un outil de domination de l'autre n'a plus de cœur, plus d'âme. Mais même Jérusalem qui est la ville sainte s'écroule quand l'économie devient prédatrice. Depuis deux siècles, l'Occident aussi entre deux visions. D'un côté, on a le capitalisme qui glorifie la liberté, la réussite personnelle, la propriété privée. Il stimule l'innovation mais il creuse les inégalités et laisse les faibles derrière. D'un côté, nous avons le socialisme ou plus anciennement le communisme qui veut abolir ces injustices par la collectivisation des richesses. Mais trop souvent, il écrase la liberté individuelle, la créativité ou même l'identité. Et la Torah dans tout cela ? Et bien la Torah ne choisit ni l'un ni l'autre. Elle crée une troisième voie. Une voix qui affirme la liberté économique mais jamais au détriment de la solidarité. Une voix qui respecte la propriété mais en la rappelant à sa mission morale. Une voix où chacun peut grandir sans jamais écraser l'autre. La Torah nous propose d'ailleurs trois piliers pour une économie juste et humaine. Premier pilier, la schmita, la fameuse économie qui fait une pause. Tous les 7 ans, la Terre devient accessible à tous. Les récoltes ne sont plus commercialisées. Elles sont ouvertes aux pauvres, aux étrangers et aux animaux. Le message pour nous, c'est que ta richesse ne t'appartient pas en absolu. Elle est un dépôt et parfois tu dois la partager sans rien recevoir. Deuxième pilier, le Yovel, la remise à zéro sociale. Tous les 50 ans, les terres reviennent aux familles d'origine. Les dettes s'effacent et les esclaves sont libérés. Le message pour toi, c'est que personne ne reste condamné. La société doit offrir à chacun une vraie deuxième chance. Troisème pilier, l'interdiction des intérêts, la fraternité dans l'économie qu'on a cité précédemment. Tu peux prêter et même tu dois prêter mais sans profit parce que quand ton frère s'effondre, tu dois tendre la main. Tu ne dois pas compter et tu ne dois attendre aucun intérêt. Le message pour nous, c'est qu'il y a des moments où tu dois être un frère et non un investisseur. Nous vivons dans un monde où l'économie est complexe, globalisée, technologique, mais les valeurs de la Torah sont plus actuelles que jamais. Premièrement, le prêt sans intérêt devient un acte radical de compassion. Deuxièmement, le Yovel inspire les politiques de ce monde, la politique de remise de dettes, d'accès à la terre. Et troisièmement, la schmita devient une pose écologique, sociale, mentale dans un monde épuisé. La Torah ne rêve pas d'un paradis économique. Elle exige un équilibre, finalement une tension féconde entre liberté et responsabilité. Et là, je vous propose une réflexion parallèle. Et si l'interdiction de prêter avec intérêt n'était pas là seulement pour protéger le pauvre, mais aussi pour réveiller le riche. Quand un homme dit "J'ai travaillé toute ma vie, maintenant mon argent va travailler pour moi." Il croit qu'il a gagné mais la Torah te dit "Non, tu t'es éteint. Vivre, c'est agir, créer, donner, se dépasser. Laisser l'argent travailler à ta place, c'est laisser ton âme s'endormir. Comme le Rabi l'avait dit à un homme d'affaires de 80 ans, Mcher Rabeno a commencé à 80 ans à travailler. Tant que tu regardes vers l'avant, tu es jeune. Ce qui vieillit, ce n'est pas l'âge, c'est de s'arrêter. Le roi David disait, "Tous les jours de ta vie ont été inscrits dans ton livre parce que chaque jour est un appel, une mission, un chapitre du grand livre de ta vie que tu dois écrire." On raconte qu'une certaine ville écrivait sur les tombes de ses habitants non pas l'âge des défunts, mais le nombre de jours réellement vécus. Chaque soir, les habitants notaient : "Est-ce que j'ai fait une bonne action aujourd'hui ? Et j'été meilleur ?" Et à la fin de leur vie, on ne comptait pas les années de vie, mais les jours de lumière qu'ils ont accomplis. Pour conclure dans un monde obsédé par la croissance, la performance, le rendement économique, la Torah nous murmure une vérité éternelle. Tu n'es pas né pour faire fructifier ton compte en banque. Tu es né pour faire fructifier ton âme. La vraie richesse, c'est ce que tu donne aux autres, ce que tu construis, ce que tu inspires. Alors, n'abandonnez jamais votre pouvoir, non pas d'achat, mais d'agir. Ne laissez jamais votre argent vivre à votre place. Soyez vivants, soyez frères, soyez lumière. [Musique] Oh.



