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HIZOOK#92 - Les loups et les bergers (PINHAS 41)

HIZOOK#92 - Les loups et les bergers (PINHAS 41)

Rav Shimshone Attali ·

Paracha Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr J'aimerais vous poser une question, une question simple mais qui je crois révèle une façon totalement différente de regarder les autres. Imaginez qu'un responsable, un éducateur, un parent ou même un rabin voit quelqu'un qui l'accompagne depuis toujours s'éloigner du bon chemin. Après plusieurs avertissements, cette personne finit par subir les conséquences de ses actes. Au fond, quelle est la réaction la plus naturelle ? On se dit souvent, c'est dommage, mais il l'a cherché. On éprouve de la peine bien sûr, mais il y a aussi cette petite voix qui murmure après tout, il savait où cela allait le mener. Et pourtant, la Torah va nous apprendre aujourd'hui que ce raisonnement n'est pas celui d'un véritable dirigeant juif et même de tout juifs. Après la triste faute de Zimri, une terrible épidémie frappe le peuple d'Israël. En quelques instants, 24000 juifs meurent. une tragédie immense. Puis presque immédiatement, Hashem demande à Moché compte les enfants d'Israël. Cette demande est étonnante. Pourquoi compter le peuple maintenant ? Pourquoi un recensement juste après une catastrophe ? Rashi répond par une image magnifique. Il compare cela à un berger dont le troupeau a été attaqué par des loups. Lorsque tout est terminé, le berger recomte chacune de ses brebis pour voir combien il lui en reste. Mais le Rabi pose une question extraordinaire. Pourquoi Rashi parle-t-il des loups ? Après tout ici, les Juifs ne sont pas morts sous les cros d'animaux sauvages. Ils sont morts à cause d'une épidémie envoyée par Hem. Alors, pourquoi cette comparaison ? Le rabi répond par une idée bouleversante. Lorsqu'une maladie frappe un troupeau, le berger souffre. Il est triste. Mais il sait qu'il n'y pouvait probablement rien. En revanche, lorsqu'un troupeau est attaqué par des loups, le berger ne ressent pas seulement de la tristesse, il ressent de la responsabilité. Il se demande où étais-je ? Aurais-je pu protéger davantage mon troupeau ? Qu'aurais-je pu faire pour empêcher ce drame ? Et c'est exactement ce que ressent Moscher Rabenou. Pourtant, objectivement, il n'est coupable de rien. Les hommes qui sont morts avaient commis des fautes très graves. Ils s'étaient laissés entraînés dans l'immoralité et l'idolâtrie. Ils connaissaient très bien les conséquences de leurs actes. Moché aurait pu dire "Ils ont choisi leur chemin." Mais jamais cette pensée ne lui traverse l'esprit. Bien au contraire, chaque juif qui disparaît est pour lui une douleur personnelle. Chaque absence est une question qu'il se pose à lui-même. Peut-être que j'aurais pu davantage les inspirer. Peut-être que j'aurais pu trouver les mots justes. Peut-être que j'aurais pu empêcher cette catastrophe. Le rab fait remarquer quelque chose de fascinant. Après la faute du Vaudor, Mosché procède lui aussi à un recensement. Mais là, Rashi utilise une autre comparaison, celle d'un propriétaire qui recomte régulièrement son troupeau parce qu'il l'aime. Pourquoi cette différence avec l'histoire de Zimri ? Et bien parce qu'au moment du Vaudau d'Or, Moché était sur le Mont Sinaï. Il était absent, il ne pouvait pas intervenir. Mais ici, pour l'histoire de Zimri, il était présent. Il voyait son peuple sombré. Et plus encore, Lagmara raconte qu'au moment décisif, la haacha échappe à l'instant et c'est justement Pinhas qui intervient. Alors, même si la Torah ne lui reproche absolument rien, Moosé, lui porte cette souffrance au fond de son cœur. Et c'est ici que le Rabi nous livre une définition extraordinaire du leadership. Un dirigeant juif ne mesure jamais sa réussite uniquement au nombre de ceux qui le suivent. Il souffre de chacun de ceux qui s'éloignent. Il ne cherche pas des coupables, il cherche des responsabilités. Vous savez, nous vivons dans une époque où il est devenu très facile de juger. Quelqu'un tombe immédiatement on explique pourquoi. Pourquoi il l'a mérité, pourquoi il aurait dû agir autrement, pourquoi cela ne nous serait jamais arrivé à nous. La Torah nous apprend exactement l'inverse. Quand un juif tombe, la première question n'est pas qu'a-t-il fait ? La première question est qu'est-ce que je peux faire pour l'aider à se relever ? Voilà la différence entre un juge et un berger. Le juge regarde le passé alors que le berger regarde l'avenir. Le juge cherche la faute alors que le berger cherche la personne. Et Mocher Rabenou restera pour toujours le roé Néan, le berger fidèle. parce qu'il n'a jamais cessé d'aimer son peuple, même lorsqu'il le voyait tomber. C'est une idée magnifique, mais est-ce vraiment possible pour nous commun des mortels ? Peut-on réellement ressentir la souffrance d'un autre comme si c'était la nôtre ? Cette vision de Moscher Rabenou pourrait nous sembler inaccessible. On pourrait se dire bah c'est Moché, c'est le plus grand prophète de tous les temps, mais nous nous ne pouvons pas aimer les gens à ce point. Et pourtant, j'aimerais vous raconter une histoire contemporaine qui montre que cet idéal peut devenir une réalité. Nous sommes au Canada au début de l'année 2019. Le téléphone du rave Avi Biderman, un chaliard du rabbi, sonne. À l'autre bout du fil, un collègue lui demande de l'aide. Une femme juive décéder. Son mari souhaite lui offrir un enterrement juif, mais il y a un obstacle. Les autorités canadiennes exigent de retrouver au moins un membre de sa famille pour donner l'autorisation. Or, cette femme avait perdu tout contact avec ses proches depuis des années. Personne ne savait où ils habitaient. La seule information disponible était un nom de famille, Hillman. Autant dire une mission presque impossible. Malgré tout, le Rav Biderman décide d'essayer. Il se rend à une adresse où habiterait peut-être une certaine madame Hilman. Il sonne, aucune réponse. Il attend longtemps, toujours rien. Il entre dans l'immeuble finalement, frappe à plusieurs portes sans succès. Découragé, il redescend les escaliers. Et c'est précisément à cet instant qu'il croise une femme âgée qui monte lentement. Il lui demande presque machinalement : "Excusez-moi, madame, connaîtriez-vous une certaine Madame Hillman ?" La femme le regarde avec un étonnement et lui dit "Eh bien, c'est moi." Imaginez la scène. Des milliers de personnes dans une ville immense et au moment précis où il s'apprête à repartir, il rencontre celle qu'il cherchait. Plus bouleversant encore, cette dame lui explique "Je suis en vacances. Je ne devais absolument pas être ici aujourd'hui. Je suis simplement rentré quelques minutes pour récupérer un objet oublié." Le Raviderman l'accompagne. Les démarches sont effectuées, la famille est retrouvée et l'enterrement peut avoir lieu dans le respect de la tradition juive. Quelques jours plus tard, quelqu'un lui pose une question très simple. Pourquoi t'es-tu donné autant de mal pour quelqu'un que tu ne connaissais même pas ? La réponse du Rav Biderman résume toute la si du Rabi. Il dit "En effet, je ne connaissais pas cette personne, mais j'ai été éduqué à considérer les besoins de chaque juif comme s'ils étaient les miens." Quelle phrase ! Être juif, ce n'est pas seulement partager une histoire ou des traditions, c'est apprendre à ressentir que la peine de l'autre me concerne, que son inquiétude devient un peu la mienne, que je ne peux pas rester indifférent. Et c'est exactement ce que Moscher Rabé nous ressentait. Nous arrivons maintenant aux 3 semaines de deuil. Nous allons entrer dans cette période où nous pleurons la destruction du bête à amig et finissant par un jeune. Nous savons tous ce que disent nos sages. Le deuxième temple a été détruit à cause de la haine gratuite. Alors une question s'impose comment le reconstruire ? Et bien par l'amour gratuit. Mais attention, l'amour gratuit ne consiste pas seulement à être poli, à dire bonjour ou à sourire. Le véritable amour, c'est ressentir ce que l'autre ressent. Pour illustrer cela, Rabi Mochet Leib de Sasov racontait une histoire étonnante. Un soir, il loge dans une auberge. Dans la pièce voisine, deux hommes complètement ivres discutent. L'un demande à son ami : "Ivan, est-ce que tu m'aimes ?" Bien sûr que je t'aime. Quelques instants plus tard, il recommence. Tu m'aimes vraiment ? Mais évidemment, nous sommes amis depuis 50 ans. Alors le premier lui pose une dernière question, une question extraordinaire. Il lui dit "Si tu m'aimes vraiment, dis-moi ce qui me fait souffrir." Son ami reste silencieux. Il ne sait pas. Alors il conclut. Si tu ignores ce qui me fait souffrir, comment peux-tu dire que tu m'aimes ? Rabi Mele de Sassov disait qu'il avait appris ce soir-là ce qu'était le véritable amour. Aimer quelqu'un, ce n'est pas seulement éprouver de l'affection, c'est être attentif à sa douleur, à ses combats, à ses blessures, à ce qu'il ne dit pas. Je crois que c'est précisément le message que le Rabi veut nous transmettre avant les 3 semaines. Nous passons beaucoup de temps à nous demander comment la guoula viendra-t-elle. Et bien, peut-être faudrait-il commencer par une autre question. Comment est-ce que je regarde les autres ? Quand quelqu'un tombe, est-ce que je le juge ou est-ce que je lui tends la main ? Quand quelqu'un s'éloigne, est-ce que je le critique ou est-ce que je prie pour lui ? Quand quelqu'un souffre, est-ce que je détourne le regard ? Ou bien, est-ce que je prends quelques minutes pour lui téléphoner, l'écouter, l'encourager ? Le beta migdash ne sera pas reconstruit uniquement grâce à de grandes actions héroïques. Il sera reconstruit grâce à des milliers de petits gestes d'amour sincères. un appel, une visite, une invitation de shabbat, une parole qui redonne confiance, un regard qui ne condamne pas. Mon cherabenou nous enseigne que le véritable berger ne compte pas seulement les brebis qui sont restées, il compte celles qui manquent car il souffre pour elle. Et peut-être que c'est cela la plus belle définition d'un juif. Ne jamais cesser de croire en un autre juif. Ne jamais le réduire à ses erreurs, toujours voir en lui une âme infiniment précieuse. Alors, en cette veille des 3 semaines, prenons une bonne résolution. Essayons cette semaine d'aimer un peu plus, d'écouter un peu plus et aussi de juger un peu moins. Si chacun d'entre nous ajoute un peu plus d'avat Israël, alors nous aurons déjà commencé à reconstruire pierre après pierre le bêdache. Alors puisse voir nos efforts, transformer ses jours de tristesse en jour de joie et nous accorder très bientôt la guoua complète avec la venue de Masi. Amen.