
HIZOOK#90 - Affronter ses peurs (SHELAH LEHA 37)
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Transcription
Kind: captions Language: fr J'aimerais commencer par une petite histoire drôle. Un médecin qui examine son patient, qui regarde ses analyses, comprend que la situation est grave. Il s'assoit face à lui et lui dit "Je suis obligé de vous dire la vérité. Vous êtes très malade. D'après les examens, il vous reste peu de temps à vivre, peut-être quelques jours seulement. Y a-t-il quelqu'un que vous aimeriez voir avant de partir ?" Le malade réfléchit un instant puis répond "Oui, j'aimerais bien voir un autre médecin." Cette petite histoire nous fait sourire. Pourtant, elle révèle quelque chose de très profond sur la nature humaine. Tant qu'il existe une autre lecture possible de la réalité, tant qu'il existe une autre interprétation, une autre façon de voir les choses, et bien l'être humain refuse de se laisser renfermer dans un verdict. Et c'est exactement de cela que parle notre parachat. Comme vous le savez, chaque semaine après la lecture de la Torah, nous lisons la fameuse Aftara. Généralement, la Aftara complète la parachat. Elle l'éclaire sous un autre angle et elle développe le même thème. Mais il existe peu de couples parachaft aftara aussi étonnant que celui de cette semaine. La parachat de Schlar raconte l'un des plus grands échecs de toute l'histoire juive. Et la Aftara raconte pratiquement la même histoire mais avec une réussite éclatante. Comment est-ce possible ? Notre paraccha raconte l'épisode dramatique des explorateurs, les Maglim. Après une année passée dans le désert, le peuple juif arrive enfin aux portes de la terre promise. Le rêve est là. Après des siècles d'esclavage, après les miracles d'Égypte, après l'ouverture de la mer, après le don de la Torah au Sinaï, voici enfin le moment d'entrer en eret Israël. Et soudain, une demande du peuple surgit. Envoyons des explorateurs. Officiellement, il s'agit d'une démarche stratégique. Observer le terrain, étudier les villes, préparer la conquête. Mais en réalité, Moché n'envoyait pas la nécessité. Après tout, celui qui avait ouvert la mer pouvait certainement ouvrir les portes de la terre sainte. Mais le peuple insiste et Hashem accepte. Rashi rapporte une comparaison. Imaginez un vendeur qui cherche à vendre une marchandise. L'acheteur hésite. Alors le vendeur lui dit : "Prenez-la, testez-la, examinez-la sous tous les angles." Pourquoi agit-il ainsi ? Et bien parce qu'il est sûr de son produit. À l'inverse, lorsqu'un vendeur refuse qu'on vérifie sa marchandise, bah l'acheteur commence immédiatement à se méfier. De la même manière, Hashem n'avait rien à cacher. Les explorateurs partent donc vers la terre d'Israël pour leur exploration. 40 jours. 40 jours à parcourir la terre d'Israël. Et lorsqu'ils reviennent, tout s'effondre. Il raconte la puissance des peuples qui habitent le pays. Il parle de villes fortifiées, de géants, de danger, de menaces. Et peu à peu, la peur envahit le camp. Une phrase devient même le slogan national. Nous ne pouvons pas monter, ils sont plus forts que nous. Cette mi-là, le peuple pleure et cette nuit là change l'histoire juive. La génération du désert est condamnée à mourir dans le désert pendant 40 ans. Des milliers de tombes, chaque neuf aves, des milliers de rêves brisés, ceux qui sont sortis d'Égypte. 40 années d'érance, 40 années perdues. Et après tout cette toute cette histoire arrive la Aftara et là surprise absolue. Yoshua le fidèle serviteur de Mosché, le remplaçant de Moïse est sur le point de faire entrer le peuple en Israël. Et que fait-il ? Il envoie des explorateurs. Encore des explorateurs. C'est incompréhensible. S'il existe une personne qui aurait dû être traumatisée par cette idée, c'est bien Yaoua. Il était lui-même l'un des 12 explorateurs de Moïse. Il a vu de ses yeux la catastrophe. Il a vu 40 années de souffrance. Il a vu une génération entière disparaître. Comment peut-il refaire exactement la même chose ? Et pourtant, il le fait. Mais cette fois-ci, tout fonctionne. Les explorateurs reviennent avec un message totalement opposé. Il raconte que les habitants du pays sont terrifiés. Il rapporte les paroles de Rachav. Hashem vous a donné cette terre et toute la population tremble devant vous. Comment expliquer une telle différence entre l'exploration de Moïse et celle de Yoshua ? La réponse est magnifique. La Aftara n'est pas la répétition de l'échec. La Aftara est la correction de l'échec. La paracha nous enseigne comment ne pas faire. Mais la AFAR nous enseigne comment faire. À première vue, la différence semble technique. Moché a choisi 12 princes, les plus grands dirigeants du peuple, les chefs des tribus, les personnalités les plus influentes de la nation. Alors que Yoshua choisit deux hommes anonymes. Le texte ne mentionne même pas leur nom. Ce ne sont pas des princes, ce ne sont pas des penseurs ni des leaders. simplement deux agents de terrain, deux professionnels, deux hommes capables de recueillir des informations et de revenir. Pourquoi ? Et bien parce que Mosché cherchait des ambassadeurs, des penseurs, des donneurs de leçon alors que Yoshua cherchait simplement des exécutants. Mosché avait envoyé des hommes d'opinion alors que Yoshua a envoyé des hommes de mission. Et c'est là que se trouve toute la différence. Les explorateurs de Moché ont cessé d'être des envoyés. Ils sont devenus des juges. Au lieu de demander comment entrer dans le pays, ils ont commencé à demander est-il possible d'y entrer dans ce pays ? Et à partir du moment où ils ont changé la question, ils ont changé le résultat, ils ont oublié leur rôle et ils ont oublié qu'ils étaient des envoyés. Ils ont commencé à se comporter comme si que c'est eux qui décidaient et c'est là que tout a dérapé. Mais la Torah ne parle jamais seulement d'histoire. Chaque récit biblique est aussi une description de notre monde intérieur. Et ici commence l'enseignement extraordinaire de la Rassidout. Car la terre d'Israël ne représente pas seulement un pays géographique, elle représente notre territoire intérieur, notre personnalité, notre âme, notre vie. Et les ennemis qui s'y trouvent sont nos peurs, nos angoisses, nos traumatismes, nos pensées négative, nos blocages, nos doutes, nos habitudes destructrices, nos blessures, nos dépendances et nos faiblesses. Alors, une question fondamentale se pose. Comment conquérir son monde intérieur ? Comment vaincre ses peurs ? Comment transformer sa vie ? Et ici apparaissent deux approches. La première approche ressemble à celle de Mocher. Elle consiste à vouloir tout changer, à déraciner totalement le problème, à remonter jusqu'aux causes les plus profondes, à tergiverser constamment, à analyser les blessures d'enfance, à comprendre les mécanismes cachés, à transformer complètement la personnalité. C'est une démarche noble mais elle est longue, parfois très longue et parfois même décourageante. Yoshua quant à lui propose une autre voix, une voix révolutionnaire, une voix qui ressemble étonnamment à ce que l'on appelle aujourd'hui la thérapie cognitivo-comportementale, le CBT. Yoshua ne commence pas toute la terre d'Israël, il commence par Jéricho, une seule ville, une porte d'entrée, un premier pas. Il dit en quelque sorte n'essaie pas de régler toute ta vie aujourd'hui. Commence par une bataille, une seule gagne Jericho. Le reste viendra ensuite. Quelle leçon extraordinaire ! Nous faisons souvent l'inverse. Nous voulons devenir parfait en une semaine. Nous voulons réparer toutes nos faiblesses d'un coup, changer notre caractère, changer nos habitudes, nos réactions, notre vie entière. Et comme l'objectif est immense, et bien nous décourageons avant même d'avoir commencé. Yhoshua nous enseigne commence petit une victoire puis une deuxième puis une troisième et soudain toute la terre est conquise. Mais la leçon va encore plus loin et les maîtres de laassidout expliquent que parfois le problème n'est même pas dans nos émotions. Le problème est dans l'accès que nous leur donnons. Écoutez bien, nous ne contrôlons pas toujours ce que nous ressentons. Nous ne contrôlons pas toujours les pensées qui surgissent. Nous ne contrôlons pas toujours les peurs qui apparaissent, mais nous contrôlons ce que nous faisons de ces pensées. Le rabi précédent de Lubavic rapportit l'histoire du grand mathématicien John Nash, prix Nobel d'économie, un génie absolu, mais aussi un homme atteint de schizophrénie. Pendant des années, il voyait des personnages imaginaires, des hommes aux cravates rouges, des agents qui le poursuivaient, des conspirations, des hallucinations. Puis vint un jour extraordinaire. Après des années de combat, quelqu'un lui demanda : "Comment avez-vous réussi à retrouver une vie normale ?" Sa réponse fut stupéfiante. Il dit, "Je vois toujours ces personnages, mais j'ai décidé de ne plus leur parler." Quelle phrase ? Je les vois, mais je ne leur parle plus. Autrement dit, je ne peux pas empêcher leur apparition mais je peux leur refuser l'accès à mon monde réel. Et c'est exactement ce que dit Yoshua. Tu ne peux pas toujours empêcher une pensée négative d'apparaître. Tu ne peux pas toujours empêcher une peur de surgir. Tu ne peux pas toujours empêcher le doute de frapper à la porte. Mais tu peux décider s'il entre ou pas. Tu peux décider s'il s'assoit à ta table ou pas. Tu peux décider s'il devient le maître de ta maison ou pas. Le Tania explique que l'homme possède une souveraineté absolue sur trois vêtements de l'âme : la pensée, la parole et l'action. Car le cœur peut s'agiter, les émotions peuvent bouillonner, la peur peut monter, la la colère peut apparaître, mais nous gardons le pouvoir de choisir ce que nous pensons volontairement, ce que nous disons volontairement et ce que nous faisons volontairement. Quelqu'un a formulé cela de manière magnifique. Tu ne peux pas empêcher un oiseau de voler au-dessus de ta tête, mais tu peux l'empêcher d'y construire son nid. Les pensées négatives sont ces oiseaux. Elles passent, elles traversent parfois notre ciel intérieur. La question n'est pas leur apparition. La question est leur permettons-nous de construire leur nid ? Le mag de Mich illustrait cela par une histoire. Unhasid vint un jour se plaindre des pensées étrangères qui envahissaient son esprit. Le magid lui demanda d'aller voir Rabi Zéevitomir. Le hasid voyagea donc pendant des jours. Il arriva au milieu de la nuit. Il frappa à la porte. Personne ne répondit. Pourtant il entendait du bruit à l'intérieur. Il continua à frapper. Toujours rien. Le froid était glacial. Les heures passaient. Finalement au petit matin, la porte s'ouvrit. Rabiz apparut et il lui dit "Je voulais t'enseigner une leçon. Tu vois, moi seul décide qui entre dans ma maison." Puis il ajouta : "Il en va de même de ton esprit." Quelle phrase bouleversante ! Nous ne sommes pas obligés d'accueillir chaque pensée qui frappe à notre porte. Nous pouvons choisir, nous pouvons filtrer, nous pouvons fermer la porte, nous pouvons dire "Non, tu n'entreras pas aujourd'hui." Et c'est probablement cela le grand message de la parachat. Les explorateurs ont perdu parce qu'ils ont laissé entrer la peur. C'était des ambassadeurs. Ils voulaient trop réfléchir. Alors, ils l'ont invité. Ils lui ont donné la parole, ils lui ont donné le micro, puis ils ont fini par lui remettre le pouvoir. Yoshua nous enseigne autre chose. La peur peut exister, le doute peut exister, l'inquiétude peut exister, mais ils ne doivent jamais recevoir les clés de la maison. La grandeur de l'être humain n'est pas de ne jamais ressentir de peur. La grandeur de l'être humain est de ne pas laisser la peur décider à sa place. La grandeur de l'être humain n'est pas d'éliminer toutes les pensées négatives. La grandeur de l'être humain est de ne pas leur permettre de gouverner sa vie. Alors peut-être que ce shabbat de Chelar, chacun de nous doit se poser une question simple. Quel est ma Jéricho ? Quelle est cette petite bataille que je peux gagner aujourd'hui ? Quel est ce doute que je peux refuser d'écouter ? Quelle est cette peur à laquelle je peux fermer la porte ? Quelle est cette pensée qui frappe à ma maison intérieure et à laquelle je peux dire non, je t'ai entendu mais tu n'entreras pas parce qu'au fond la conquête de la terre promise commence toujours ainsi. Non pas par la victoire sur tout le pays, non pas par la perfection, non pas par la transformation instantanée. Elle commence lorsqu'un juif décide que même si les pensées négatives frappent à sa porte, elles ne dirigeront pas sa Elle commence par l'envoi d'agents de terrain qui sont dans l'action et non pas dans la tergiversion. Et à ce moment-là, exactement comme Yoshua devant Jéricho, il a déjà commencé à conquérir sa terre promise.



