
HIZOOK#67 - Au-dessus des mots (VAERA 14)
Paracha Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr On vit une période où les choses deviennent brutales de clarté. Une guerre, ça arrache les masques. Les beaux discours tombe et les vraies positions sortent. On a découvert quelque chose qu'au fond on savait mais qu'on n'aimait pas regarder en face. Le peuple juif a très peu d'amis. Même ceux qui officiellement sont avec nous ne nous comprennent pas vraiment. Un chiffre résume tout. En 8 ans, l'ONU a voté six résolutions contre l'Iran qui est en train de massacrer sa population actuellement. 8 contre la Corée du Nord, 23 contre la Russie, 141 contre Israël. Comme si soudain l'État juif était la plus grande menace pour les droits de l'homme sur Terre. Et ce double standard, on le voit aujourd'hui partout. [musique] Ce que toutes les nations ont le droit de faire, quand c'est Israël ou le Juif, ça devient soudainement inacceptable. Alors la question est simple mais douloureuse. Pourquoi on narrive pas à expliquer ? Pourquoi notre message ne passe pas même quand on a raison, même quand on souffre, même quand les faits sont de notre côté ? La Torah répond à cela parce que notre mission n'est pas d'apporter un message normal. On n'est pas venu juste parler de survie ou de politique. On est venu parler de Dieu, [musique] de sens, de la présence divine cachée dans l'histoire. C'est un message plus haut que les oreilles du monde et c'est exactement ce que représente Moscher Rabeno. Imagine la scène. Âme Israël est brisé, écrasé, épuisé. Dieu envoie enfin un libérateur Moscher Rabeno. On s'attend à un leader charismatique, une voix qui fait trembler les murs, un orateur qui électrise les foules. [musique] Et Moché arrive et il bégayille. Il cherche ses mots, il n'est pas très à l'aise. Il dit lui-même, "Je suis lourd de bouche et lourd de langue." [musique] Les commentateurs expliquent chacun à leur manière. Pour Rachi, il y a une vraie difficulté physique, un handicap issue de l'épisode de l'enfant Moché qui se brûle la langue avec une braise dans le palais de pharaon. Pour d'autres, Mosché ne maîtrise plus vraiment l'Égyptien après avoir passé 40 ans d'exil à Midian. Pour le Sforno [musique] Moché n'est pas un diplomate. Il ne sait pas faire de flatterie. Ne pas de phrases vides, pas de storytelling politique. Il est trop droit pour manipuler par des mots. Dans tous les cas, [musique] une chose est claire, si on cherche un communiquant, Mosché n'est peut-être pas le bon CV. Et pourtant, Dieu insiste. Non seulement il ne le remplace pas par Aaron son frère qui [musique] est quant à lui un médiateur né, un homme de paix, un excellent communiquant, mais en plus il ne guérit pas Moché. Au lieu de cela, il dit "Toi, tu diras tout ce que je t'ordonne et Aaron, ton frère parlera à Pharaon." Mosché parle une fois en hébreu difficilement, exactement comme il a entendu de Dieu. Et Aharon, son frère traduit en égyptien de manière fluide, diplomatique, compréhensible. Mais alors une question, si Pharaon ne comprend pas un mot de ce que dit Moosé, pourquoi Dieu a besoin que Mosché parle ? Pourquoi ne pas passer directement par Aaron ? Ran, un des plus grands commentateurs de la gmara donne une réponse bouleversante. Dieu a voulu que la Torah soit reconnue comme parole divine et non pas comme le produit d'un génie humain. Si Moché avait été un grand orateur, on aurait toujours pu se dire "La Torah, oui, c'est puissant, mais c'est son talent à lui. Il aurait été possible de confondre la vérité du message avec le charme du messager." Alors Dieu a voulu exactement l'inverse, un messager faible sur le plan de la rhtorique pour que seul la parole du message soit perceptible. La faiblesse du messager devient finalement la preuve de la force du mandataire. En termes simple, Mosché n'est pas là pour qu'on dise "Oh, quel homme !" Il est plutôt là pour qu'on dise "Oh, quel [musique] dieu Et ça ça change tout dans la manière dont on voit le judaïsme, nos rabins, nos dirigeants. Le vrai tadic, ce n'est pas forcément celui qui remplit les stades, qui fait pleurer les foules, [musique] qui passe bien à la télé. Non, c'est celui qu'on oublie presque parce que derrière lui, on sent surtout la présence d'Ashem. Lesidim donnent [musique] une image. Quand le roi enlève sa couronne le soir, il ne la pose pas sur la tête du vice-roi. Il la suspend à un petit clou dans le mur. [musique] Ce clou, personne ne le regarde, personne ne le photographie, mais c'est lui qui porte la couronne. Moché, c'est ce clou. C'est pour cela que dans la agada de Pessar, le nom de Mosché est presque absent. On parle d'Abraham, de Lavane, de Pharaon, de tout le monde, mais pas de Mosché. Et c'est son plus grand compliment. Toute la lumière va vers Dieu et non pas vers lui. Le Targou Monkelos ajoute encore un niveau. Quand Mosché dit "Je suis lourd de bouche et lourd de langue", Onkelos traduit car mes paroles sont précieuses et mon langage est profond. Le problème de Moché, ce n'est pas seulement la langue, c'est le contenu. Il pense à un niveau que le monde ne connaît pas. Mosché vit dans un monde où Hashem est une évidence. Il regarde la réalité en se disant "Évidemment que tout est dirigé d'en haut. Évidemment que la vie est un service divin." Pharaon quant à lui, il vit dans un monde [musique] où il est lui-même Dieu. Chaque goutte d'une île lui appartient. Chaque esclave est à son service. Comment peut-on traduire "Je viens de la part d'Hem, maître de l'univers ?" Dans la tête d'un homme qui ne sait même pas ce que c'est que de lever les yeux vers le ciel. On peut presque dire que Moché bégayille parce que le message est trop haut pour passer par des mots simples. La connexion est trop puissante pour le câble. Et là se trouve la réponse à notre question de départ. Pourquoi le monde ne comprend pas le âme Israël, le peuple juif ? Et bien parce que ce que le juif porte, ce n'est pas juste une histoire nationale, ce n'est pas juste une lutte politique, c'est un message qui vient d'un autre endroit. Alors qu'est-ce que Dieu fait ? Il associe Moé et Aaron. Moché c'est la vérité brute. La voix de Dieu telle qu'elle est, même si elle sonne étrange aux oreilles humaines. Et Aaron, c'est l'amour des créatures, la capacité d'entrer dans les cœurs, de traduire, d'adoucir, de rendre accessible. Mais attention, l'ordre est crucial. D'abord Moché, ensuite Aaron. D'abord la vérité d'en haut, ensuite la traduction vers le bas. Si on commence par Aaron, par la communication, par le désir de plaire, on risque de perdre Mosché en route. [grognement] On finit par dire ce qui fait du bien au public et on oublie ce que Dieu voulait vraiment dire. Ce modèle Mosché Aaron, ce n'est pas seulement de l'histoire ancienne. Il nous concerne dans trois domaines. Notre parole vers le monde non juif, notre parole vers les autres juifs, notre parole à nos propres enfants. D'un côté, on doit faire de la Hasbara, de la pédagogie, répondre, expliquer, utiliser les réseaux sociaux, les images, les émotions. On doit être aharon. Mais si à l'intérieur on ne reste pas des mochés, c'est-à-dire des gens qui parlent parce qu'achem veut qu'on parle, des gens qui portent un message qui les dépasse, alors tout [musique] s'effondre. Un exemple lumineux de ce savant mélange de vérité haute et de proximité, c'est le Rabi Lubavic. L'ancien grand rabin de Grande-Bretagne, le raf Jonathan Zagnolivra, raconte que jeune étudiant à Cambridge, il avait passé des années à écouter les plus grands professeurs athés du monde. Tout le discours était clair. Il n'y a rien au-dessus. Pas d'âme, pas de but, tout est hasard. Alors le Jonathan Zac sort de là brillant intellectuellement mais brisé intérieurement. On lui dit "Va voir des grands rabins aux États-Unis." et il arrive au 770 chez le rabbi. Il se prépare à poser toutes ces grandes questions philosophiques et le Rabi lui renverse la table. Au lieu de répondre à ces questions, il lui en pose une. Combien y a-t-il d'étudiants juifs à Cambridge ? [musique] Et toi, qu'est-ce que tu fais pour eux ? Le Ravzax dira plus tard que ce tête à tête a tout changé. Le Rabi n'était pas en train d'étaler son savoir. Il était en train de lui confier une mission. Ce n'était pas de la communication efficace, c'était de la vérité. Une autre histoire. Après la guerre des six jours, le rav Mochet Feller [musique] est invité à parler devant 200 jeunes dans un camp de Bybrit aux États-Unis. Il se dit quelle occasion pour leur faire les filines. [musique] Alors il installe un stand, fait mettre les filines le premier jour. Ça marche très bien. Il est tout heureux. Il téléphone au secrétariat du Rabby pour raconter et là il entend une voix douce qui se glisse sur la ligne. Et demain, qu'est-ce que vous faites ? C'était le rabi-même. Le rapeller hésite. Il dit qu'il a peur de trop pousser, de fatiguer les gens. Le rabi répond : "Dans [musique] ce cas-là, ce genre de peur n'a pas lieu d'être." et il lui donne quatre instructions. Recommencer officiellement le lendemain. Proposer aux jeunes d'acheter les prix réduit, faire participer les responsables du mouvement [musique] et inviter la presse avec en plus un grand allumage public de Hanoua. Résultat, le lendemain, la scène est encore plus forte. Les jeunes achètent les filines, les médias juifs publient les photos, la lumière se répand. [musique] Qu'est-ce que le rabi montre ici ? Deux choses à la fois. Un message très haut. [musique] Ce n'est pas un symbole, ce sont des filines. C'est une mitva concrète, c'est Dieu dans la vie, [musique] mais aussi une proximité incroyable avec les jeunes, avec l'Amérique, avec la presse. Moché et Aaron ensemble et nous concrètement, chacun de nous est un petit mochet dans sa famille, son cercle d'amis, sa communauté. Et chacun parfois ressent la phrase qui dit "Je ne sais pas parler, je ne suis pas à l'aise. Je ne suis pas un orateur." La parachat vient dire ce n'est pas grave, ce n'est pas un défaut, c'est parfois une force. L'essentiel ce n'est pas comment tu parles, c'est ce que tu portes. Alors trois choses. Ne renonce jamais à dire une parole de Torah ou une parole de Emouna parce que tu n'es pas brillant. Peut-être que ta simplicité fera passer plus de lumière que le plus beau discours. Deuxièmement, entoure cette parole de douceur, d'empathie, d'écoute. Sois aussi un peu à Aaron. Et enfin, et surtout n'oublie jamais que tu es le messager d'un message qui te dépasse. C'est HM qui parle un [musique] peu à travers toi. On vit une époque où les slogans, les vidéos, les narrations tournent en boucle et pourtant les gens n'ont jamais été aussi perdus. Peut-être que ce dont le monde a besoin, ce n'est pas d'un nouveau génie de la com, mais de quelqu moché qui ose dire simplement il y a Dieu dans l'histoire, il y a un sens à la vie, [musique] il y a une Torah, même si ça sort un peu en bégayant. [musique]



