
HIZOOK#65 - Dire "Pourquoi" à D.ieu (CHEMOT 13)
Paracha Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr Je voudrais commencer par une petite histoire. Un homme nommé Schmaria traverse une période très difficile dans sa vie. Problème de santé, soucis de parnassa, inquiétude pour l'éducation des enfants. Un jour, il décide d'aller à la synagogue pour prier. Il attend que tout le monde soit sorti. Le silence est total. Il s'approche de l'arche sainte, monte les marches et pose sa tête contre le rideau du Aaron à Codèch. Et là, il parle à Dieu. Non pas des mots appris par cœur, mais des mots qui viennent du fond du cœur. Il supplie pour la santé de sa femme, pour sa subsistence, [musique] pour ses enfants. Quand il termine, il recule avec respect, sans tourner le dos [musique] à l'arche. Mais voilà, il perd l'équilibre. Il tombe lourdement, dévale les trois marches. Il se relève blessé, meurtri et lève les yeux vers le dit [musique] : "Maître du monde, si tu ne veux pas donner, d'accord, mais pourquoi me pousses-tu ?" Cette phrase, elle nous fait sourire mais en réalité, elle fait très mal [musique] parce qu'elle exprime quelque chose que beaucoup d'entre nous ressentent parfois au fond du cœur. Il arrive qu'un homme se sente déçu, trahi [musique] ou même abandonné par la conduite divine. Les épreuves s'accumulent, les soucis envahissent l'esprit [musique] et les questions jaillissent. Maître du monde, qu'est-ce que tu veux de moi ? Où étais-tu quand j'avais vraiment besoin de toi ? Pourquoi est-ce que je mérite de souffrir ? Et alors surgit une question fondamentale, une question très sensible. Est-ce que j'ai le droit de me plaindre à Dieu ? [musique] Est-ce permis de poser des questions sur sa conduite ? Ou bien est-ce déjà une forme de manque de foi ? Et si ces questions me brûlent le cœur au point de casser ma relation avec [musique] Hashem, que faire ? Cette semaine, dans la parachat de Chemot, il se passe quelque chose d'incroyable. Jusqu'à présent, dans le livre de Beréchit, il y avait un silence impressionnant. Les avotes, les patriarches ont [musique] vécu des épreuves inimaginable et pourtant aucune plainte. Abraham attend un enfant pendant 100 ans puis Dieu [musique] lui demande de l'offrir en sacrifice. Sa réponse : Inémi, me voici. Itrak voit ses puits bouchés un à un. On lui vole sa terre et [musique] pas un mot sur les promesses qui lui ont été faites. Yaakob souffre, fuit, il est trompé, il perd Joseph et ne demande jamais [musique] où est la justice. Silence, acceptation et soumission. Et puis arrive le livre de [musique] Schmot où tout bascule. Cela fait 86 ans que le peuple juif est écrasé en Égypte. Les hommes sont brisés par le travail forcé, les femmes enceintes se cachent dans les champs. Les bébés sont jetés dans le Nil. Le cri monte vers le ciel et Hashem envoie Mosché. Mosché va voir Pharaon et le résultat est catastrophique. Pharaon décide que ce n'est pas encore assez dur. S'ilsent encore espérer une sortie, [musique] c'est que la souffrance n'a pas atteint son maximum. Jusqu'ici, les esclaves recevaient la paille. Désormais, ils devront aller à la chercher eux-mêmes, préparer le mortier et produire exactement la même quantité de briques qu'avant. C'est l'effondrement total. Et [musique] là, Mosché craque. Hashem, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m'as-tu envoyé ? Depuis que je suis venu parler en ton nom, le sort du peuple a empiré et tu n'as pas sauvé ton peuple. Ce n'est plus une question douce, c'est un cri, [musique] presque une accusation. Le midrache ajoute quelque chose d'encore plus fort. Mosché abandonne sa mission pendant 3 mois comme Yona le prophète. Et là, on [musique] est tous choqués. Commentabenou os-il parler ainsi ? Est-ce permis de remettre en question la [musique] justice divine ? Et qu'est-ce qui a changé depuis les patriarches ? Rachi dit que Dieu [musique] fait une légère réprimande à Moché. Tu verras ce que je ferai à Pharaon, [musique] c'est-à-dire tu verras cette délivrance mais non pas celle de l'entrée en terre d'Israël. [musique] Mais attention, la Torah ne critique pas explicitement Mosché. Au contraire, Hashem lui répond longuement avec patience. Alors que faut-il comprendre ? [musique] Est-ce permis ou interdit ? À la veille du 24 Tet, jour du départ du bas à la Tania, [musique] les maîtres de Rabad enseignent un principe fondamental. Il est permis de poser des questions [musique] mais il est interdit de donner des réponses. Tu peux crier, tu peux pleurer, [musique] tu peux ouvrir ton cœur devant Hashem, mais tu n'as pas le droit de conclure donc Hashem [musique] est injuste. Ne transforme jamais le point d'interrogation en point d'exclamation. Pourquoi ? Parce que mes pensées, celles de Dieu, ne sont pas vos pensées, nous dit-il. Nous voyons seulement qu'un instant alors qu'Achem voit l'éternité. Mais alors pourquoi Mosé a-t-il posé la question ? Et bien parce que Mosché inaugure une nouvelle ère. Les avotes servaient Dieu surtout par l'émotion, la soumission, l'amour et la crainte. Mais Moché apporte la Torah, [musique] une Torah qui demande aussi l'intellect. Donc Hashem veut désormais notre cœur mais aussi notre [musique] tête. Il veut qu'on comprenne, qu'on s'identifie, qu'on adhère. Donc Mosché doit poser la question, mais là où il a glissé, c'est qu'il a conclu en disant que la situation a empiré, donc la mission a échoué et c'est là la frontière a ne jamais dépassé. Laassidout dit quelque chose de très fort. Celui qui croit vraiment [musique] pose des questions parce qu'il est sûr qu'il existe une réponse. Parfois, on se tait non pas par emouna, mais par peur de découvrir que la réponse nous dérange. Mais le prix est terrible. On étouffe une partie de son âme. Le rafetraim donne un machal. Imagine un juif qui arrive dans une nouvelle ville, [musique] il ne connaît personne. Il s'assoit au fond de la synagogue. Shabbat matin, il observe et le gabaï appelle les fidèles à la Torah. Il essaie de comprendre. Ce jeune-là monte puis un vieil homme, puis quelqu'un de très riche, puis quelqu'un de très simple, parfois devant, parfois derrière. Il cherche une logique. La semaine suivante, pareil. Et la troisème semaine, il commence à bouillir intérieurement. Mais c'est quoi ce désordre ? Il n'y a pas de règle ici. C'est du favoritisme. Au bout d'un moment, il explose et il accuse le gabaï de faire ce qu'il veut. Le gabaï ne s'énerve pas. Il l'invite à s'asseoir et il lui dit [musique] "Tu vois ce jeune ? C'est le jour d'anniversaire du décès de son père. Tu vois ce vieil homme ? C'est lui qui a financé la réparation du toit de la synagogue. Cet autre, il a traversé une semaine terrible et on veut lui donner du rizou. Les règles existent mais elles sont invisibles pour celui qui vient d'arriver. Puis il conclut : "Reste ici [musique] quelques semaines et tu verras que tout est incroyablement précis." Le Rafetraim disait : "Nous sommes [musique] nouveaux dans le monde. Hashem est là depuis toujours. Nous voyons qu'une seule scène alors que lui voit toute la pièce." Un jour, un enfant de 6 ans apprend à l'école qu'au [musique] commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Il rentre à la maison pensif puis il demande "Maman, mais qui a créé Dieu ?" [musique] C'est une question immense, pure, innocente. Mais à l'école, le professeur s'énerve. Il voit une menace là où il y a une soif de vérité. Alors, la mère écrit au [musique] rabbi et le rabi répond quelque chose de bouleversant. "Ton désir de comprendre est beau [musique] et il existe une réponse, mais la compréhension vient après la relation." [musique] D'abord, il faut vivre la Torah, faire les mitvot, créer un lien et alors l'esprit s'ouvre. Le rabi donc ne dit pas n'y pense pas, il dit pense mais [musique] au bon moment. C'est d'ailleurs la leçon de vie des tosphotes. Le tosphot pose une question, une grande question et parfois il n'y a pas de réponse. Alors que fait-il ? Il écrit [musique] iyoun. Cela demande réflexion. Mais entre-temps, il continue à étudier. Il ne ferme pas le livre, il ne rejette pas la Torah. Il avance malgré l'inconfort et ça c'est de la emouna [musique] adulte. Un jour, un étudiant arrive avec une feuille pleine de question. Il souffre, il cherche et il pose la question au rabi. Le rabi lui dit "Va d'abord un peu étudier, ensuite on parlera." [musique] Quelques semaines plus tard, l'étudiant revient transformé. Le Rabi lui demande "Mais alors, [musique] où sont tes questions ?" Et il sourit en disant "Raby, depuis que j'ai étudié, [musique] elle ne me font plus mal." Non pas parce qu'il a toutes les réponses, mais parce qu'il a trouvé un sens entre-temps. Conclusion : la foi juive ne dit pas "Ne pose pas de questions." Elle dit "Pose-les mais reste en marche". Parce que parfois ce n'est pas la réponse qui vient, c'est toi qui est en train de grandir. La foi juive ne promet pas de tout comprendre. [musique] Elle promet de ne jamais être seule dans la question et parfois ce n'est pas la réponse qui change la vie, c'est le fait d'accepter de marcher même avec la question.



