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HIZOOK#63 - Quand ne pas pleurer (VAYIGASH 11)

HIZOOK#63 - Quand ne pas pleurer (VAYIGASH 11)

Rav Shimshone Attali ·

Paracha Moussar
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Transcription
Kind: captions Language: fr La paracha de Vaigach nous amène au sommet dramatique [musique] de l'histoire de Joseph et de ses frères. Après 22 ans de disparition, de rupture, de silence et de souffrance, le vice-roi d'Égypte enlève enfin son masque [musique] et prononce ces mots absolument inimaginables. Anosef, avir, je suis Joseph. Est-ce que mon père est encore vivant ? Les frères sont frappés de stupeur. Ils reculent terrifiés. Mais Joseph quant à lui ouvre les bras pour les serrer contre lui. C'est à ce moment-là que la Torah nous révèle une facette totalement inattendu de Joseph. Non pas Joseph le stratège, non pas Joseph l'homme de pouvoir, mais Joseph l'homme bouleversé, brisé, submergé par l'émotion [musique] qui éclate en sanglot. À partir de ce moment, Joseph va pleurer cinq fois. Non pas des larmes discrètes, mais des pleurs puissants, audibles, incontrôlables. On peut dire sans exagérer que Joseph est le plus grand pleureur de toutar. Aucune autre figure biblique ne pleure autant que lui. Lorsqu'il se dévoile à ses frères, la Torah dit : "Il éleva la voix en pleur et les [musique] Égyptiens l'entendirent et la maison de Pharaon l'entendit. Quand il enlace Benyamine, la Torah dit : "Il tomba sur les coups de Benjamin son frère, et pleura." Et Benyamin pleura sur son coup. Lorsqu'il retrouve enfin son père Yaakob, la Torah dit : "Il tomba sur son cou et pleura longuement. [musique] À la mort de Yaakob, Joseph se jeta sur le visage de son père et pleura sur lui. Et enfin, lorsque ses frères craignent qu'il se vengent après la mort de leur père, Joseph pleura en les entendant. Joseph est donc un homme inondé [musique] de douleur, de nostalgie, de manque et sa manière d'évacuer cette tempête intérieure, c'est le pleur. Mais ici surgit une question immense, une question qui crie depuis le texte. Où étaient ces pleurs avant cela ? Comment concilier ce hypersensible avec le Yoseph d'avant ? Le Yoseph jeté dans un puit rempli de serpents et de scorpion. Leos vendu comme un objet. Le Yoseph accusé à tort par la femme de Potifar. [musique] Le Yoseph oublié en prison par le maître et chanson. Pendant toute cette période, pas une seule larme est mentionnée dans la Torah. Il ne pleure pas quand on veut le tuer. Il ne pleure pas quand on l'arrache à [musique] sa famille. Il ne pleure pas quand il est calomnié. Il ne pleure pas quand on l'oublie. Il semble froid, distant, presque [musique] insensible. Et pourtant après, il pleure sans arrêt. Normalement, un être humain pleure quand il souffre et se [musique] calme quand ça va mieux. Joseph fait exactement l'inverse. Il se tait quand il souffre et il explose quand tout commence [musique] à s'arranger. Pourquoi ? Petite blague pour respirer un instant. Une petite fille propose à un garçon à la maternelle : "Tu veux qu'on joue à papa et à maman ?" On fait comment ? Demande [musique] le garçon. "C'est simple", dit la fille. Moi, je te raconte ce que je ressens et après toi, tu me racontes ce que tu ressens. Mais je ne sais pas dire ce que je ressens, répond le garçon. Parfait, dit-elle. Alors, [musique] tu pourras jouer le rôle du papa. Et oui, parfois certains hommes, mari [musique] ou papa, ont du mal à exprimer leur émotion. Yep, quant à lui, [musique] ne cesse de pleurer, mais avant cela, on ne l'entend pas. En réalité, la question est encore plus profonde. La Torah laisse entendre que Joseph a bel et bien pleuré. Évidemment qu'il a supplié ses frères. Il n'était pas suicidaire. Mais la Torah choisit volontairement de ne révéler ses pleurs que beaucoup plus tard. Lorsque les choses commencent à se réparer. Lorsque Joseph emprisonne Shimon, les frères avouent devant lui, [musique] nous sommes coupables, car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous suppliait. Et nous n'avons pas écouté. Le sépherchar décrit [musique] Joseph criant depuis le puit : "Vous êtes les fils d'Abraham, d'Israak et de Yaakob. Comment [musique] pouvez-vous ne pas avoir pitié de votre propre frère ?" Donc oui, [musique] Joseph a bel et bien pleuré, mais la Torah a choisi de garder ce pleur hors champ. Pourquoi ? Le rabi donne une clé fondamentale. Encore une fois, on pleure quand on arrive [musique] face à un mur, quand toutes les options sont épuisé, quand il n'y a plus rien à faire. Tant qu'il y a une possibilité d'agir, on n' pas le droit de pleurer. Des parents qui courent à l'hôpital avec un enfant gravement malade, Rasvechalom, ne pleurent pas, ils se battent. Des soldats en pleine guerre ne pleurent pas, ils agissent. Le pleur arrive seulement après quand tout s'arrête. [musique] Le pleur est l'acceptation de l'impuissance. C'est parfois même dangereux en temps réel car il paralyse l'action. Joseph n'a pas nié sa douleur. Il l'a repoussé au moment où elle risquait de le détourner de sa mission. Il a pleuré donc au bon moment. Toute sa vie, Joseph est [musique] déchiré entre deux forces contraires. D'un côté, une douleur immense, de l'autre, [musique] une mission gigantesque. Il est l'enfant privé de son père pendant 22 ans. L'homme qui ne fait jamais un shabbat en famille, celui qui se marie seul, qui fait la britmila de [musique] ses enfants seul. Mais en même temps, il devient le dirigeant le plus puissant de son époque. Il sauve le monde entier de la famine. Il reste un tadic intact [musique] au cœur de l'Égypte. Il exprime cette tension entre ces deux phénomènes [musique] à travers les prénoms de ses fils. D'une part, mâché, car Dieu m'a fait oublier la maison de mon père. Donc rappelant ici la douleur, l'arrachement, l'exil. Mais de l'autre, Ephraï, car Dieu m'a fait fructifier dans la terre de ma souffrance. Ici, il rappelle [musique] sa mission, la réussite, la lumière. C'est exactement pour cela que lorsque Joseph rencontre [musique] Benyamin, son petit frère, la Torah dit : "Et Joseph pleura sur les coups de Benyamine." Et Benyamin pleura sur celui de [musique] Joseph. Raché explique, Joseph pleurait sur les deux temples [musique] dans le futur qui seraient détruit dans la part de Benjamin et Benjamin [musique] pleurait sur le michkan Shilo qui serait détruit dans la part de Joseph. Question évidente, pourquoi chacun pleurt-t-il sur la destruction de l'autre et non pas sur la sienne ? Réponse du rabi. Ce qui dépend de toi, tu n'as pas le droit de le pleurer. [musique] Tu dois le réparer. Ce qui dépend de l'autre, tu peux le partager par l'empathie. Pleurer sur soi-même [musique] quand on peut encore agir, c'est quelque part abandonné. Nous sommes à l'approche du 10, le début des jeûes de la destruction des temples. Pleurer parce que la guoula n'est pas encore là, c'est quelque part manqué à la vérité. Si elle n'est pas là, c'est qu'il reste encore une action à faire. Alors, au lieu de demander qu'est-ce qui va se passer, [musique] demandons plutôt qu'est-ce que je dois faire maintenant. Je termine par une petite histoire bouleversante. Madame Tbell Lipsker, [musique] une femme simple, brisée par l'exil, la pauvreté, la fuite de Russie, les camps de réfugiés, la dépression, a demandé un jour au Rabi Lubavic. Rabi, que dois-je faire [musique] pour combattre la tristesse ? Le Rabi lui répondit : "Vous allez danser dans les mariages des Katan seul." Et pendant des dizaines d'années, elle a dansé pour des inconnus, pour des ratankala seuls pour donner de la joie aux autres. À 94 ans, le jour du mariage de son propre petit-fils, elle s'effondre et quitte ce monde entourée de joie, de vie, de construction, exactement comme elle l'a vécu. Parfois, quand on vit des épreuves et qu'on a pas trop de solutions, [musique] il faut savoir se pencher vers les autres et les aider à leur trouver des solutions. Et par la même occasion, on trouve à la fin nous-même des solutions pour nous. Alors que nous sachions comme Yof retenir nos larmes quand il faut agir et les laisser couler quand il faut aimer. Et que ces jours de deuil se transforment très bientôt en joie, en lumière et en guoula véritable. Amen.